Début janvier nous avons eu le privilège de rencontrer dans un salon de thé de la banlieue de Tokyo, Shingo Araki afin de réaliser un petit entretien. Il est surtout connu en France par son travail d’animateur sur des séries qui ont bercés notre enfance (Saint Seiya, Ulysse 31). Son dernier manga en date, Sourire, va être publié au sein du nouveau magazine français Akiba Manga, que l’ont trouvera dans les kiosques en cette fin de mois de janvier.
MW : Est-ce que tous les manga que vous avez dessinés (soit près d’une cinquantaine), ont été édités au Japon ?
Shingo Araki : Il y en a deux ou trois qui n’ont pas été retenus et donc n’ont pas été publiés. Récemment un de mes manuscrits a été retrouvé. L’éditeur ayant fait faillite, mon manga n’avait pas pu être publié à l’époque. C’est le fils de cet éditeur qui à retrouvé mes planches et me les a fait parvenir après tant d’années. Mon premier manga à être refusé, l’avait été car il y avait trop de dialogues. Ma femme me fait d’ailleurs souvent remarquer, que je parle trop dans mes manga et pas assez dans la vie (rires).
MW : Où trouvez-vous l’énergie pour faire tout ce que vous faites à l’âge de 72 ans ?
S.A. : Il y a pleins de gens qui m’aident, alors je me sens redevable et je m’accroche (rires). En même temps j’ai la chance d’être entouré de jeunes. Quand je vais à la piscine pour me m’entretenir physiquement avec d’autres personnes âgées, il y a de temps en temps des jeunes. Lorsque que je dis que je m’appelle Araki que je fais du dessin, ils s’approchent et écoutent. Il y a aussi cette opportunité d’être publié dans une revue française, ce qui me donne encore plus de courage pour dessiner.
MW : Avez-vous, comme l'ont fait les grands peintres ou sculpteurs, formé des jeunes ?
S.A. : Beaucoup de gens disent "Araki san n’a jamais formé de dessinateurs, il n’enseigne rien". Mais cela a toujours été comme cela. Les gens viennent regarder et "volent". C’est cela en fait, tu apprends en regardant. Et aujourd’hui les gens n’ont même plus le temps de regarder comment travaillent les vétérans. De plus, les écoles n’enseignent que très peu le haut niveau.Toute la base du dessin traditionnelle est négligée.
MW : Pourquoi ne faite vous pas de Sourire, votre dernier manga, un dôjinshi que vous vendriez au Comiket ?
S.A. : Je ne sais pas si mon manga est fait pour être vendu au Comiket par rapport à ce qui se fait actuellement. Et puis je suis de la vieille école, je préfère qu’il sorte dans une librairie. Cela n’avait pas été possible jusqu'à présent. Comme Internet est passé par là, j’ai décidé de le publier sur le web sous mon nom. Le Comiket n’est pas un endroit où je pourrais m’exprimer.

MW : Quel regard portent vos fans sur votre travail en tant que mangaka ?
S.A. : Je reçois pas mal de mails de gens qui me connaissaient en tant qu’animateur sur Saint Seiya. Mais ils ne sont pas choqués et apprécient mon travail en tant que mangaka.
MW : Si vous pouviez adresser une lettre à l’enfant de dix ans que vous étiez, qu’écririez vous ?
S.A. : Quand j’avais dix ans, j’avais énormément confiance en mes dessins. Je savais que j’étais un bon dessinateur. Quand je suis rentré dans le métier j’ai été entouré de très bons dessinateurs, et là, ma confiance s’est effritée à la vitesse d’un cheval au galop. Je suis alors reparti de zéro et j’ai dessiné, dessiné. Et là, à 72 ans, il y a un Français qui vient me proposer d’être publié dans un magazine ! Si j’avais une lettre à envoyer à moi-même quand j’avais dix ans j’écrirais "Cesse de te la jouer et travaille encore plus, tu es sur le bon chemin. Plus que d’avoir confiance en tes dessins, aie confiance en toi !". Je me suis toujours bien aimé, c’est pour cela que je suis faible envers moi. (rires)
Propos recueillis par Frédéric Frot.
Remerciements à Pierre Giner pour la traduction.









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