Accueil ::: Articles ::: Quatre grands films et pis s’en va…

Quatre grands films et pis s’en va…

Écrit par Matthieu PINON le Mercredi, 25 Août 2010 19:09

La nouvelle est tombée hier, 24 août 2010. Satoshi Kon, un des nouveaux chefs de file de l’animation japonaise, inventif, original et créatif, nous a quittés des suites d’un cancer du pancréas, à tout juste 46 ans. Retour sur la carrière coupée en plein élan d’un grand réalisateur.

 

 

 

 

Né le 12 octobre 1963 à Kushiro, ville d’Hokkaido, Satoshi Kon s’intéresse de près à l’animation dans ses années lycée, mais aussi aux manga. Domu – Rêves d’enfant lui fait découvrir Katsuhiro Otomo dont il devient un fan passionné. Il n’a pas 20 ans quand il entre à la Faculté d’Art de Musashino, près de Tokyo, où cette fois, il dévore les romans de science-fiction de Yasutaka Tsutsui et des hectomètres de bobines de films américains.
En 1985, son premier manga, Toriko, lui fait gagner le prix Tetsuya Chiba et il est embauché par son idole Ôtomo pour l’assister sur Akira. Le maître lui apprendra également les ficelles des films live (World Appartment Horror) et d’animation (Rôjin Z). Au début des années 90, un autre mentor le prend sous son aile : le grand Mamoru Oshii qui le fait travailler sur Patlabor 2, avec qui il co-crée le manga Seraphim.

 

Rose magnétique et bleu parfait

En 1995 sort le film à sketches Memories, sous la houlette de Katsuhiro Ôtomo. Le premier segment, Magnetic Rose, est réalisé par le génie Koji Morimoto mais on y perçoit également la patte de Satoshi Kon, notamment dans une scène en vision subjective absente du script original. Deux ans plus tard, Kon réalise son premier long métrage. Perfect Blue, thriller oppressant dans lequel une jeune idol est confrontée aux fantasmes de ses fans et ses collègues, est instantanément salué par la critique, qui y retrouve l’ombre des maîtres du suspense. Cette collaboration avec le scénariste Sadayuki Murai – un duo en conflit avec la production – sera la première d’une série de succès.

En 2002, Kon et Murai signent le scénario de Millenium Actress, biographie d’une comédienne de cinéma disparue où réalité et extraits de sa filmographie se télescopent dans l’enquête du journaliste référent du spectateur. Là encore, malgré un budget serré, le film remporte tous les suffrages, ne serait-ce que pour sa bande-son électro signée Susumu Hirasawa. Pourtant, avant de s’atteler à Millenium Actress, Kon avait un autre projet en tête qu’il n’abandonnera pas de sitôt.

 

Parrains, parano et paprika

Un an plus tard, Kon signe son troisième long métrage d’animation, Tokyo Godfathers. Cette histoire profondément humaniste de trois SDF (un alcoolique, un travesti et une fugueuse) découvrant un bébé dans Tokyo à la veille de Noël. Déterminés à retrouver ses parents, ils doivent faire face à leur passé… Comédie dramatique émouvante, ce film démontre l’aptitude de Kon à varier ses univers, tout en présentant des personnages attachants. Et des héros inoubliables, voilà ce qui fait tout le sel d’une bonne série d’animation. 2004 donne le jour à Paranoia Agent, série de treize épisodes reprenant les thèmes chers à Kon (fusion réalité/imaginaire, prépondérance des liens sociaux) dont le générique insérant les personnages principaux goguenards alors que leur vie est en péril, sur une musique encore signée Hirasawa, marquera toute une génération d’animefans.

En 2006, Kon peut enfin s’atteler au projet laissé en stand-by depuis Millenium Actress : l’adaptation du roman Paprika d’un de ses auteurs fétiches, Yasutaka Tsutsui. Bien avant Inception, le film traite des influences bilatérales entre mondes onirique et réel, dans une débauche hallucinatoire de technique maîtrisée. La scène du défilé est en soi un maître étalon de la capacité technique nippone saluée par tous, et la direction artistique du film est du même acabit, à tel point que Paprika participera à la compétition officielle du festival de Venise. Son dernier projet abouti sera un court métrage d’une minute, dans le cadre d’Ani-kuri 15, programme diffusant quinze segments de la même durée sur la chaîne NHK pour lequel ont participé d’autres grands noms tels que Mamoru Oshii, Shoji Kawamori (Macross, Escaflowne), Makoto Shinkai (5 cm per second) et Mahiro Maeda (Gankutsuô).

Emporté par un cancer du pancréas le 24 août, le réalisateur n’aura pas pu voir son dernier projet abouti. Néanmoins, Yume miru kai (La machine qui rêve), qu’il voulait destiner à un jeune public, est déjà bien avancé. Peut-être Madhouse, studio auquel Kon a été d’une fidélité rare, conclura-t-il le work in progress pour un hommage au réalisateur pour apporter la dernière pierre à une filmographie à la quantité réduite, mais d’une qualité exceptionnelle. Inspirée de Lynch, Hitchcock, Philip K. Dick et Murakami, l’œuvre de Satoshi Kon reste un joyau dont les feux ne sont pas près de s’éteindre, à (re)découvrir absolument… et à faire partager.

Se sachant inéluctablement condamné depuis un diagnostic effectué le 18 mai, le réalisateur a rédigé un long message posthume qui vient d'être publié sur son site. A défaut de traduction française, on peut en lire une version anglisée sur le net, ceux ne maîtrisant pas la langue de Mashima ou de Shakespeare en trouveront un résumé succinct mais tout aussi élégant de la prose d'un des rares talents qui n'avaient pas attendu la mort pour être reconnus. 

Galerie d'images

Bannière